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lundi, 04 décembre 2006

L’élection présidentielle... mais pour quoi faire ?

Unité et solidarité nationales ?

En cette période de pré-campagne présidentielle un mensonge collectif récurrent est en train de se reformuler : le rassemblement des Français ! Intuitivement nous sentons bien que, derrière les paroles de circonstance, que  les candidats prononcent, sur la nécessité du rassemblement, s’organise un rituel de déchirement et de rupture au sein de la nation.
Chaque candidat prétendra incarner le symbole de ce rassemblement, que semble désirer la grande majorité des Français (voir le désir de gouvernement d’union droite/gauche ou l'approbation de la cohabitation exprimés par les Français au travers de différents sondages) sans que pour autant ce rassemblement ne se concrétise d’aucune façon (l’actuel président de la République ne mobilisa, au premier tour que 16% du corps électoral en 1995 et 13% en 2002).
 
medium_jospincampagne.3.jpgLe futur Président est nécessairement le héraut de son camp qu’il lui faut convaincre, au premier tour, de le préférer aux éventuels concurrents de sa propre « famille politique ». Pour cela il affirmera des positions claires et fermes. Au second tour, l’objectif est de devenir le plus grand « ratisseur », quitte à rendre plus floues, voire contradictoires, les engagements sur le futur.
Dans tous les cas, la majorité du deuxième tour n’est qu’une majorité de résignation pour de nombreux électeurs.  
Pour le président nouvellement élu l'incantation est une obligation ; « je serai le Président de tous les Français ». Pourtant, sa nouvelle campagne de réélection commence le lendemain matin car, pour exercer le pouvoir, durer est une nécessité.

Pourtant, l’importance (confirmée par chaque sondage et par les taux de participation aux scrutins) que nous accordons à cette élection semble démontrer que les citoyens espèrent en cette occasion « quelque chose » qui relève probablement autant de l’irrationnel et de l’affect que de l’action immédiate et concrète.
Si plus de 70% d’entre nous affirmons ne pas croire que les politiques puissent changer nos conditions de vie, nous ne désespérons pas totalement de la politique.

Ces évidentes contradictions peuvent relever d’une espérance collective, d’une recherche rituelle à se convaincre que nous participons à une communauté vivante et solidaire.
Ainsi à chaque élection présidentielle un phantasme social s’organise : l’espoir de quelque chose qui relève de la magie de la politique.

Un programme de gouvernement ?

Depuis 1974, chaque élection présidentielle a démontré que les promesses d’un avenir meilleur ne servaient qu’à réunir une majorité sans que pour autant ces promesses n’engagent le ou les gouvernements issus d’une majorité parlementaire traversée par les humeurs du temps.
Encore le seraient-elles qu’elles ne seraient porteuses que d’une ligne de gouvernement mais aucunement des ressorts qui maintiennent la cohésion d'une nation.

Chaque élection fait naître des génération de déçus. Naturellement, l’importance de la déception est à la mesure de l’attente. Les grandes espérances s’accommodent mal des contingences de la vie courante.
La nécessité gouvernementale de maintenir l’adhésion de l’opinion publique – on ne fait pas réélire une majorité contre l’opinion – oblige « la politique au quotidien » à arbitrer entre de multiples attentes sociales, économiques et culturelles. Ces recherches d’adhésions successives ne sont naturellement pas susceptibles de générer de grands élans ni de répondre aux attentes de sens collectif.

Ainsi nous constatons ces dernières années que l’élection présidentielle ne répond ni aux supposées représentations symboliques qu’elle devrait porter ni aux contingences de l’action  gouvernementale qui s’inscrit nécessairement dans le quotidien.

Alors la monarchie, pourquoi pas ?


Le bon fonctionnement des institutions est une nécessité pour le bonheur collectif. Encore convient-il de bien identifier les fonctions de chacune de ces dernières.
Le besoin de s'attacher à un symbole de l'unité nationale (le pacte républicain servit quelques années de substitut), la nécessité de croire à un éventuel recours (le droit de grâce), l'expression d'un arbitre au dessus des partis... c'est de l'ordre de l'institution « clef de voûte ».
La définition des politiques conjoncturelles, des orientations sociales et économiques, nécessite des choix de circonstance, des divisions et des alliances, des calculs de faisabilité politique et sociale... Cela relève de la responsabilité de la majorité parlementaire et du gouvernement qui en découle.

Dans l’ensemble européen, les monarchies ne semblent rien avoir à envier aux républiques en terme de vitalité de la vie démocratique ou de réussite sociale et économique.

Pour autant, si l’instauration monarchique peut participer à établir un équilibre institutionnel, redonner le sentiment d’unité nationale, inscrire dans la permanence les principes de cohésion et de solidarité communautaires, d’autres problèmes institutionnels appellent des réflexions complémentaires pour renouer les fils de la confiance et de l’adhésion entre les Français et notre système politique ; les « candidats députés » sont contraints aux mêmes types contorsions que les « candidats président », celui qui réussit le plus grand écart entre le premier et le second tour a le plus de chance d’emporter le plus de suffrages...

Les Français perçoivent peut-être que l'ambiguïté ou le mensonge est une pratique courante sur la scène politique, savent-ils que c’est le système qui l’impose aux acteurs ?