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lundi, 22 janvier 2007

De la fin de la République

Par Henri Pontilliès

   En aurons-nous bientôt fini avec la République ? Si l’on en croit l’évolution de la cinquième du nom, d’ailleurs prophétisée par son fondateur dans Les chênes qu’on abat – dialogue avec André Malraux, la ressemblance avec les précédentes a de quoi frapper : même éclatement de la société française entre groupes de pression et communautés inconciliables, même perte de valeurs, de repères et de sens de l’identité nationale, même cynisme et incompétence de ceux qui prétendent nous gouverner, même absence de convictions et de conscience de l’intérêt général, même affaiblissement économique du pays, même effacement international de France, mêmes querelles politiciennes sans autre enjeu de l’occupation stérile de postes en vue. Arrêtons la liste.

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   Les Français semblent percevoir de mieux en mieux l’impasse vers laquelle ce régime les pousse et pousse leurs enfants. Un nombre croissant de nos concitoyens comprend que les prochaines échéances électorales, quel qu’en soit le résultat, n’apporteront aucun remède aux maux dont souffre notre État républicain et son cortège d’échecs : ni les inégalités sociales qui ne cessent de s’aggraver, ni le chômage qui, malgré des hauts et des bas statistiques, reste parmi les plus élevés d’Europe, ni le poids extravagant des impôts et des autres prélèvements obligatoires, ni l’ahurissante complexité législative et réglementaire dans laquelle se débattent ceux qui essaient, envers et contre tout, de créer et d’innover, ne risquent de se réduire en 2007 et au cours des années suivantes. Nous le savons tous et il ne faut pas disserter très longtemps avec l’un ou l’autre de nos responsables politiques pour que lui- même l’avoue en privé.
   Alors que faire ? Changer d’institutions, bien sûr ! Serait-on tentés de rétorquer comme un automatisme trop bien rodé. Tellement rodé qu’il a servi dix-sept fois depuis 1791, pour le résultat que nous avons sous nos yeux. 88% des Français se disent prêts à changer d’institutions. Mais la seule chose qu’on a pu évoquer jusqu’ici, c’est le mirage d’une VIème république. Mirage car elle ne pourrait rien nous apporter qui n’ait déjà été essayé depuis deux siècles d’errances : ni le régime présidentiel, expérience de la IIème république, ni le gouvernement d’assemblée, illusion de la première, ni le régime parlementaire à l’anglaise, tué avec les révolutions de 1830 et de 1848. Que reste-t-il ? Rien sauf, évidemment, l’opportunité de nous ridiculiser une fois de plus auprès de nos principaux partenaires européens et mondiaux. Tous, du Japon aux États-unis en passant par l’Allemagne et le Royaume-Uni ont, souvent depuis longtemps, su concilier démocratie et efficacité, parfois d’ailleurs – ironie de la situation -  en s’inspirant de nos grands publicistes : Montesquieu, Tocqueville, Constant …medium_naufrage.2.jpg
   Le temps ne serait-il pas venu d’admettre, enfin, que nous nous sommes un jour trompé de chemin et que ce bateau ivre qu’est la république doit être abandonné avant son prochain naufrage. Napoléon eut raison de la première, Napoléon III de la deuxième, Hitler et Pétain de la troisième, les parachutistes d’Alger – sans même avoir eu à se déplacer, de la quatrième. Qui tordra le coup à la cinquième : un émule de Ben Landen, afin de préserver la tradition ?    Soyons raisonnables : entrons en nous-mêmes et réconcilions du même coup la France avec son Histoire. Reconnaissons nos erreurs. Travaillons à rétablir, sous une forme adaptée à son temps et dont, par exemples, l’Espagne et les pays scandinaves nous montrent le modèle, une monarchie moderne, dont les racines plongent au plus profond de la dynastie capétienne mais dont les branches se dressent résolument vers la grandeur retrouvée de notre France, puissante et apaisée.

Commentaires

La République actuelle tend à se fondre dans une autre idée de la communauté et elle n'est pas assez forte pour résister à la mondialisation. C'est comme d'ailleurs la démocratie car face à cette mondialisation, face aux mouvements migratoires des populations, elle devient un danger culturel pour l'ancienne Europe.
Soyons clair. Aujourd'hui, c'est l'impasse. D'aucun ne veut jeter les fondements d'une société responsable et surtout d'une société qui anticipe le futur. Parler d'une VI République, c'est surtout vouloir vivre au détriment des peuples et nullemennt d'assurer cette "utilité commune" tant de fois proclamée depuis 1789.
La République, qu'il s'agisse de la V ou d'une hypothétique VI c'est être en contradiction d'avec les volontés, les rêves profonds de nos compatriotes. Et puis, reconnaissons que les politiques actuelles exigent toujours plus d'efforts de la part de nos compatriotes. Quand on en demande trop aux hommes, on les épuise et qu'à force de demander dévouement, patience au pays réel, on va finir par l'épuiser.

Cependant, pour conclure, je veux dire qu'aujourd'hui les peuples chérissent l'incompétence et que pris dans ces sentiments, rien n'est plus possible.

Ecrit par : David | vendredi, 09 février 2007

Tout à fait d'accord avec M. Pontilliès. Mais un changement de régime (et pas seulement d'institutions en conservant le même régime, la République) suppose, à mon avis, tant une prise de conscience de l'impéritie du régime actuel (ce qui semble le cas car comme vous le dites, les Français sentent bien que les "prochaines échéances électorales, quel qu’en soit le résultat, n’apporteront aucun remède aux maux dont souffre notre État républicain et son cortège d’échecs") mais encore une re-connaissance de l'Histoire des faits et des idées. Or, il faut bien admettre qu'avec le travail de sape mené depuis des décennies par le ministère de l'éradication nationale (cf P.-M. Couteaux, Etre et parler français", Perrin, Paris, 2006) qu'est l'Education nationale (je précise que cette critique purement politique et institutionnelle ne vise nullement les fonctionnaires, en majorité dévoués à leur tâche et qui font quotidiennement ce qu'ils peuvent, dans des conditions de plus en plus difficiles), beaucoup de nos compatriotes ont perdu jusqu'à la mémoire de leur propre Histoire et de leur culture, et, de manière générales, de leurs humanités qui en faisaient, il y a encore un siècle, même en République, des "honnêtes hommes". Même si le désespoir en politique est une sottise absolue, comme le proclamait avec force un certain Martégal, je suis forcé de souscrire pleinement à ce que vous dites, David: "aujourd'hui les peuples chérissent l'incompétence et que pris dans ces sentiments, rien n'est plus possible". C'est pourquoi, je pense que la restauration monarchique passe par une restructuration mentale de nos contemporains, habitués qu'ils sont depuis trops longtemps à la pratique autoflagellative de la haine de soi. Il y a du travail mais comme le disait justement Guillaume d'Orange, il n'est nul besoin d'espérer pour entreprendre...

Ecrit par : Cédric Milhat | vendredi, 09 février 2007